Nous remontons dans
le véhicule. Un paysage vide se présente à moi. Je comprends alors ce qu’il va
se passer. Nous somme entre les deux frontières. Deux kilomètres qui
n’appartiennent à aucun des deux pays et où les autorités ne se rendent pas.
Nous sommes seuls. Ils ont pris le passage d’une seconde frontière, celle où
personne ne passe. Comme je m’y attendais, le piège se referme sur moi. Le
chauffeur arrête la voiture au milieu de la route entre les deux frontières
Péruvienne et Equatorienne :
« Descends du
véhicule ! Me crie-t-il.
- Pourquoi faire ? La frontière
est en face ! Vous m’avez dit que vous m’emmènerez jusque là »
répondis-je en tentant de gagner du temps.
-
Descends bordel ! dit-il en
haussant le ton »
Je finis par
m’exécuter tout en gardant mon sang froid. A l’extérieur, les deux hommes
sortent une arme à feu. L’une est collée sur ma tempe droite et l’autre sur mon
front.
« Donne nous
tout l’argent que tu as sur toi ou nous te tuons. Comme tu le vois, personne ne
t’aidera et personne ne saura que tu seras mort avant de longues
semaines ».
Il avait raison.
L’endroit n’est qu’un champ vide de vie. Aucune voiture ne passe par ici. Je
suis seul, avec deux pistolets en joue sur ma tête. Je me suis souvent posé la
question sur ce que je ferai dans ce cas là. Comment je réagirai. On le voit
dans les films Hollywoodiens ou on l’entend parfois en discutant avec des
voyageurs, mais jamais on se dit que cela nous arrivera un jour.
Je garde mon calme.
Je sors les billets que j’avais sur moi. 120 dollars en tout et pour tout. Je
lui tends l’argent. Il m’en demande plus. Je n’ai plus rien… Il s’énerve et
presse un peu plus l’arme sur ma tempe. De désespoir, je commence à élever la
voix :
« Tu vois
bien que je n’ai plus rien ! Fouille mes sacs ou tue moi, mais tu vois
bien que je n’ai plus rien !
-
Tu nous mens, espèce
d’enculé ! crie le chauffeur »
Ça main tremble. Je ne sais pas s’il va tirer
ou non. C’est alors que le deuxième homme, lui ordonne de partir. Je regarde
fixement le pistolet pensant à « tirera ou ne tirera pas… »
Il finit par
baisser son arme. Les deux ravisseurs prennent même la peine de me remettre les
sacs à dos. Je me demande pourquoi, ils n’ont pas volé mes affaires. Peut être
qu’ils ont peur d’être repéré au passage de la frontière avec un sac de
« gringo » dans leur véhicule.
Quoiqu’il en soit
je me retrouve seul, au milieu de ce « No man’s land » (ndlr :
terre sans hommes). Je retrouve mes esprits de suite et marche vers la
frontière équatorienne. Lorsque j’aperçois les policiers et que et que je tends
mon passeport pour recevoir le précieux visa, ma main tremble. Les autorités me
demandent ce que j’ai. Je leur explique ce qui vient de se passer et me répondent
à l’unanimité « tu as eu beaucoup de chance, jeune homme ».
Bien ! Je me contenterai de ces paroles…
On m’offre un
passage gratuit jusque Huaquillas, ville frontière de l’Equateur. A la station
de bus, j’attends impatiemment mon bus vers Guayaquil. Je veux partir et vite.
Tout à coup, un homme m’attrape par le bras. Il me regarde fixement dans les
yeux avant de répéter : « Tuer, Tuer, Tuer… ». Je me dis
vraiment que c’est la fin du monde. Je ne peux pas être attaqué deux fois dans
la même matinée tout de même ?! Visiblement l’homme, est à moitié fou.
Raison de plus, pour surveiller ses faits et gestes. « Offre moi 50
dollars ou tuer, tuer, tuer… » Me dit-il. C’est alors que j’explose de
colère. Je suis nerveux, prêt à passer à l’action et à régler son compte. Je ne suis plus vraiment moi-même pour tout
vous dire. Je jette mes sacs à terre et crie de toutes mes forces
« Putain ! On vient de me voler TOUT ce que j’avais ! Tu crois
vraiment que c’est le moment de m’attaquer une deuxième fois dans la même
journée ! ». Durant 2 à 3 secondes, le temps s’est arrêté dans la
station de Huaquillas, pourtant fortement animée. Mon nouveau ravisseur, tout
comme la population ont abandonné leur propre conversation pour me regarder
aussi fixement qu’ils le pouvaient. J’ai l’impression de lire dans leurs yeux
« C’est qui se fou ? ». Le voleur s’en va aussi rapidement qu’il
est venu, et la vie reprend dans le terminal de Huaquillas …
A vrai dire, je
commence à croire que j’ai eut beaucoup
de chance. J'ai fait une grande erreur digne d'un débutant : monter dans un véhicule avec une deuxième personne. Mes ravisseurs auraient put me tuer entre la frontière Péruvienne et
Equatorienne, sans que mon corps soit découvert pendant plusieurs semaines. Si
cette histoire me laisse un goût amère dans la bouche, elle n’a pas entamé ma
volonté de terminer mon voyage, ni même de vivre sur le continent
Sud-Américain. Bien au contraire ! Vous voilà rassurez, l’aventure continue.
Prochaine étape : découverte de l’Equateur !
Coin
pratique :
- Pour passer la frontière depuis Piura ou Tumbes au Pérou, vers Huaquillas et jusque Guayaquil en Equateur, il faut passer par l’une des 3 compagnies suivantes : CIFA, CIVA et Ormeños. Prix et horaires différent.
- Ne JAMAIS monter dans un taxi pour passer la frontière.
4 commentaires:
Effectivement tu t'en es bien sorti et c'est heureux !!!!!!!
Nous qui ne sommes qu'aux préparatifs de notre voyage en A.M du sud, nous avons souvent vu, sur divers forum et messages,qu'il faut se méfier de faux taxis...
Te concernant, après tant de mois dans la région tu aurai du te méfier, mais, bon, la force de l'habitude, sans doutes, la fatigue, surement...
La faute à pas de chance, d'un coté et grâce à la chance de l'autre... Pas de blessures, et bien en vie... L'essentiel, non ???
Tu vas poursuivre ton voyage en continuant à nous donner toutes les informations et les conseils qui nous seront si utiles dans quelques mois !!!
Prends soins de toi, sois prudent et très bonne continuation.
Antoine [ 'antlica' sur V.F ]
Bonjour Antoine,
Oui au final, plus de peur que de mal. J'ai effectivement fait deux erreurs. Comme quoi, l'expérience ne fait pas tout. La fatigue a éte la raison de ce manque de vigilance. Merci beaucoup pour votre message de soutien sur Voyage Forum (pas eut le temps d'y répondre encore, sorry) et sur mon blog. Cela fait toujours beaucoup de bien. Ne t'inquietes pas, il faudrait me couper les jambes pour stopper mon voyage. Je continuerai donc sur ma lancée. N'hésitez pas à m'envoyez vos questions quant à votre voyage. Préparer, c'est déj`voyager!
Merci encore et une très bonne journée à vous
vendredi depuis Piura je vais en Equateur jusqu a Guayaquil et en recherchant des infos, je suis tombe sur cette mesaventure mais un moment riche en sensation forte.
je voulais savoir quelle est la meilleure route pour aller a Guayaqui, dois je aller jusqu a Tumbes au Perou ?
merci pour l article et bonne chance dans tes nouvelles aventures en Amerique Centrale
Adrien et sa grenouille Guizmo
Salut!
Evidemment je ne te conseil pas de passer par tumbes pour rejoindre Guayaquil. Apres cela fait quelque temps que cela s´est passé peut etre que les choses se sont ameliorés. Dans tous les cas ne fait VRAIMENT confiance a personna a cette frontiere. Meme pas aux flix du cotés péruvien.
Je te conseil de passer par l ´autre frontiere qui va vers Loja, qui en plus d´etre secur, vaut la peine pour les etapes que tu peux faire. Et le détour n ´est vraiment pas enorme pour rejoindre Guayaquil.
L´Equateur est un tres petit pays et tout est accessible en seulement quelques heures de routes.
L´amerique central c´etait deja y´a longtemps, je suis en train de travailler au Mexique ;(
Bonne route!
Enregistrer un commentaire
Votre adresse mail ne sera jamais publié et utilisé à des fins commerciales.
Pour vous aider à publier votre commentaire, voici la marche à suivre :
1) Ecrivez votre texte dans le formulaire de saisie ci-dessus
2) Si vous avez un compte, vous pouvez vous identifier dans la liste déroulante Commentaire
Sinon, vous pouvez saisir votre nom ou pseudo par Nom/URL
3) Vous pouvez, en cliquant sur le lien S'abonner par e-mail, être assuré d'être avisé en cas d'une réponse
4) Cliquer sur Publier enfin.
Le message sera publié après modération.
Un grand merci pour interagir avec la communauté de Break Border